On se sent rien, submergé par une culpabilité comme ci on était seule responsable. Parce qu'aussi ça n'est pas la première fois et c'est cette répétition sournoise qui me heurte.
J'étais la dernière à rentrer du jardin, celle qui a le devoir d' accompagné chaque enfant jusqu'à l'intérieur.
C'est le temps dans le jardin, il fait froid mais on dirait que le soleil radieux apaise les enfants. Chacun vaque à une occupation dans un silence rare. Ils circulent sur la dalle caoutchouteuse qui a gardé une couche de glace, quelques un la goûte. Je suis assise sur le petit banc au soleil à regarder ce petit monde tranquille.
Ma collègue me fait signe de l'intérieur que c'est l'heure de rentrer. Je rassemble trotinette, vélo, balais... Je demande aux uns et aux autres qui veut rentrer tout de suite. Je vais chercher les derniers un par un qui trainent les pieds. L'un d'eux court à l'autre bout du jardin ! Je suis obligée de le tirer par la main pour le ramener.
Puis c'est l'heure du repas, nous passons à table. Un homme toque à la vitre, il a un gilet fluo. Un autre tient un enfant dans ses bras, je reconnais le bonnet rose et blanc.
On se sent rien, fautive, submergé par la culpabilité. "Elle était seule dans le jardin sur la structure à grimper". Je me lève de table sans dire un mot, j'emmène l'enfant dans la salle de bain pour m'occuper d'elle. Elle a les yeux rouges mais elle ne pleure plus. Je ne dis rien, je ne peux rien dire. Je me sens seule et dans ma tête ça va mal. De retour à table avec les enfants je noie mon regard dans mon assiette. Je me noie dans mes pires pensées. Enfin mes collègues se rendent compte de mon malaise, elles me disent de prendre congé. Je pleure. Pas forcément pour les longues minutes que cette enfant a passée seule parce qu'elle va bien, mais c'est grave. J'appelle la psy du jardin d'enfants et la directrice. A l'autre bout du fil j'ai une oreille attentive qui me rassure et qui me donne des conseils et des outils pour venir à bout de mon désarroi et de cette histoire. Cette fois-ci je peux parler de ce qui s'est passé à l'enfant, à ses parents, avec l'aide précieuse de ma collègue en or. J'ai pu dédramatisé ce drame.