19/04/2017
J - 70
ma petite grenouille,
Je m'adresse à toi par la pensée. Fort heureusement tu es toujours là dans mon ventre. J'aime te sentir bouger, même si tes mouvements me surprennent de plus en plus, tu vas bientôt être à l'étroit. Lorsque nous sommes tous les trois dans le lit tu viens à gauche si ton papa est à gauche, ou à droite si il dort à droite, à la recherche de la chaleur. D'ailleurs avec toi je n'ai pas froid, ton petit corps et ton petit cœur me tiennent chaud au corps. Et entre le son des gargouillis, ma voix, mon cœur, ma respiration il y a aussi tous ces bruits de notre maison que tu entends déjà : le grincement de la clenche de l'armoire Parisienne, le craquement de l'escalier, le boucan de la machine à café, le roulement de la porte coulissante de la douche, le bip de la plaque de cuisson, le grondement de la machine à laver le linge, la voix grave de ton papa... Quand nous rentrerons tous les trois après ta naissance tu retrouveras ses bruits qui te seront familier, peut-être même que tu pourras y associer une forme ou une odeur. Nous te ferons visiter ta nouvelle maison, les espaces que nous avons préparé pour toi. Tu devras faire preuve de mondanité avec la famille et les voisins qui sont déjà si impatients de te rencontrer. J'espère qu'il fera bon, que nos peaux seront collées.
18/04/2017
❤
Je le voulais.
– Allo, allo auriez-vous cette référence s'il vous plait ?
Le livre vient d'une librairie de Marseille.
Je voulais ses dessins aux lignes épurées, l'absence de couleur, l'intemporalité.
LA NAISSANCE
AGNÈS ROSENSTIEHL
05/04/2017
Avril
Dans un petit mois je serai en congé de maternité. Ça va passer (très) vite. Tout doucement je vais commencer à emporter mes affaires éparpillées un peu partout depuis 6 ans. Le classeur d'activités-papiers-réunions, le cahier de comptines et chansons, la mallette à matériel, les livres personnels... Je pourrais tout laisser au Jardin d'Enfants mais je pars pour au moins 6 mois voir 1 an, peut-être plus...
Les parents et mes collègues me demandent régulièrement quand est-ce que je pars, les enfants m'offrent des dessins tous les jours, voyant mon ventre grossir de semaine en semaine ils demandent et redemandent : quand est-ce qu'il va sortir ton bébé ? Tout le monde se prépare. Je serai un peu triste quand je les quitterai.
02/04/2017
6 mois ❤
A présent mon ventre attire les regards dans la rue. Il est aussi rond qu'un ballon. Dans le métro les gens ne me cèdent pas leur place pour autant, ce qui a le triste pouvoir de mouiller mes yeux. Et quand cet acte de bienveillance arrive j'ai également envie de pleurer ! La ligne brune continue son chemin, elle est passée au-dessus de mon nombril sans être raccord. Pour l’anecdote, nous étions amusés lorsque la sage femme nous a expliqué ce qu'était cette ligne qui part du pubis jusqu'aux seins dont les mamelons foncent aussi. Ce serait un vestige des temps anciens quand bébé devait ramper sur le ventre de sa mère jusqu'aux seins pour se nourrir. Ayant une vison de moins de 10 cm à la naissance, cette ligne lui servait de chemin à suivre pour y arriver. Mon nombril lui, est plat. C'est le centre du monde. Mon ventre prend de plus en plus de place. Que ce soit dans mes vêtements - je ne sais plus comment m'habiller - dans mes pensées, dans nos conversations. Et puis elle bouge énormément, notre fille. Je suis curieuse de savoir ce qu'elle fabrique. Je sens des vagues de vie. Elle vient se coller contre nos mains. Parfois une petite bosse apparait. Je ne sais pas si ce sont ses fesses, sa tête ou un de ses membres. Nous caressons doucement cette petite bosse sous ma peau jusqu'à ce qu'elle disparaisse. Cent fois j'ai imaginé le moment de sa naissance, lorsque je l'aurai chaude et gluante contre moi. Envelopper son petit corps de mes mains, lui parler, la renifler, la caresser, l'embrasser, connaitre son odeur, lui donner le sein.
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