29/08/2016

Le moulin des Morvans




Papi, mamie, tonton André et toutes ces pépés...
Écorché mon visage, écorchés mes genoux, écorché mon petit cœur tout mou...
Olivia Ruiz - J'traîne des pieds



Le temps était compté. J'avais peur que papi ou mamie meurt d'un jour à l'autre. Alors c'était maintenant ou jamais, pendant qu'on avait encore un peu de jours de vacances et c'était important que l'amoureux soit là.
La dernière fois c'était il y a deux ans quand Papi avait encore sa tête et n'était pas sous Prozac.
J'étais pleine de chagrin avant d'arriver chez eux. J'ai tenté de retenir mes larmes quand j'ai vu Papi amaigri avec une silhouette et un visage que je ne lui avais jamais connu. Pourtant il était en forme, j'ai retrouvé les mêmes bêtises dans ses mots. Il n'a pas changé mais sa tête est désormais comme un disque dur plein, plus rien de nouveau ne peut s'inscrire dessus, les souvenirs se mélangeant. Pendant deux jours et demi je me suis infligée une petite torture. J'ai pleu sans m’arrêter, je m'en voulais. Je m'en voulais de leur en avoir voulu alors que le temps filait. Je me suis senti invité dans ma propre maison, pour nous mamie a mis les petits plats dans la grands. Le matin du départ mon petit papi qui dormait. Il n'y avait que sa toute petite tête qui dépassait des couvertures. Il avait l'air tellement bien. Comme un tout petit garçon avec ses pommettes roses, je l'ai photographié avec mes yeux à tout jamais.
Je suis allée voir tonton, au cimetière. Sa tombe était vide de fleurs, je m'en suis encore voulu de ne pas avoir quelque chose à lui déposer. Puis j'ai continué à pleurer tout le temps du retour, dans le train...
Enfin une fois la porte de notre maison franchie, mon chagrin a cessé. J'étais juste épuisée.
Je me suis fais la promesse de revenir les voir bientôt.

 

18/08/2016

Lettre à Monsieur A.

le 27 juillet
C'est l'immense église des Saintes-Maries-de-la-Mer. Elle est belle, comme neuve. C'est seulement en la voyant que je me suis souvenue que vous étiez déjà venu ici des années auparavant. Ça a du changer depuis votre dernière visite. Les commerces sont tous pareils, il n'y a rien d'authentique, finalement c'est une station balnéaire comme une autre. Un peu plus loin il y a l'eau, les marais salants, les flamants-rose qui apparaissent en microscopiques points roses sur mes photos. Plusieurs soirs nous avons apéroté-diné dans un petit bistrot familial au pied de l'église, devant nous on ne voyait rien d'autre qu'elle dans un immense ciel marine. Il faisait bon, je me sentais terriblement Parisienne (ah le Parisianisme ! Ce n'est pas très joli mais tant pis). 
Chaque jour, chaque verre nous trinquions aux vacances, à nous et au futur.

 Je suis pleine de chagrin. C'est peut-être un peu a cause du livre que je lis. On ne voyait que le bonheur de Grégoire Delacourt. J'ai pleuré. Une larme par-ci par-là. Mais le véritable chagrin ne sort pas. Il me fait mal, dans la gorge, c'est une boule qui m'empêche de parler, qui prend tout à coup tout l'espace, qui me fait tellement mal que je dois me sécher. Ça m'a fait ça quand j'ai vidé mon sac à Aurélien : papamaman, mamanpapa, mamiepapi... Je ne m'en sors pas. Le roman parle d'amour, de désamour, de lacheté entre un père et son fils, puis entre une fille et son père... Ça raconte que les enfants poussent tordus, grandissent de travers quand ils ne sont pas aimés ou mal aimés. Ça parle aussi du pardon. C'est quoi cette vie pansée, rafistolée, ces relations de famille qui n'ont aucun sens ? En ce moment je voudrais presque être orpheline. Pour ne pas avoir à porter ce poids, cette famille effilochée à bout de bras. Je voudrais que ça cesse.


10/08/2016

Juillet / Août en vis-à-vis



 Bourg-et-Comin
Aisne

Saintes-Maries-de-la-Mer
Camargue

Cité d'Aleth
Saint-Malo