Puis un mardi de janvier j'évoque le triste constat : — nous allons fêter le premier anniversaire de notre petit Léopold et mon père ne l'a encore jamais vu.
« Madame, votre père est fou »
Sa phrase est sans détour. Alors qu'il continue de parler, l'image se resserre sur lui en mode travelling, une musique se met en route dans ma tête. Calée dans mon fauteuil face à lui je l'écoute toujours au lointain, abasourdis. Il me (dé)livre ce qu'il sait, il était temps. J'entends la musique de ses phrases et mon cerveau encaisse comme il peut. La justesse de son propos m'apaise, soulagement et tristesse se mêlent.
- C'est bien que vous me le disiez sans devoir vous le demander lui dis-je les yeux noyés.
- Je crois que oui.
- Une psychopathologie ?
- Oui
- Les psychopathologies ça enferme.
Etre fou c'est vaste, abstrait, sans limite et ça parle à tout le monde.
- Si vous le saviez mais il n'y a jamais eu de mots posés dessus.
Je sors, il pleut des cordes, le ciel est chargé. Comme chaque mardi après mon rendez-vous je vais à Monoprix mais cette fois-ci avec une puissante envie de me faire plaisir. Je regarde les étalages de vêtements à l'affut de m'offrir quelque chose. Ça sera une robe longue bleue marine à pois blancs. Il me faut de la volonté et de l'envie pour ôter toutes mes couches de vêtements d'hiver pour l'essayer. Elle me va, je la prends, heureuse de me faire ce cadeau en fermant les yeux sur son prix, c'est une question de survie.
Regardant par la fenêtre du métro aérien qui me ramène chez moi surgit cette question :
Peut-on en vouloir à un fou ?
Une fois, deux fois, dix fois, vingt fois, je recommence la séquence où il me dit....
