31/01/2021

La séquence





Un jour il m'a demandé si je voulais savoir ce qu'avait mon père. Peut-être avais-je dit : « non », peut-être n'avais-je rien répondu, en tout cas ce jour là ce n'était sûrement pas le moment pour moi de l'entendre. J'y repensais parfois, ce jour viendra.

Puis un mardi de janvier j'évoque le triste constat : — nous allons fêter le premier anniversaire de notre petit Léopold et mon père ne l'a encore jamais vu.

« Madame, votre père est fou »

Sa phrase est sans détour. Alors qu'il continue de parler, l'image se resserre sur lui en mode travelling, une musique se met en route dans ma tête. Calée dans mon fauteuil face à lui je l'écoute toujours au lointain, abasourdis. Il me (dé)livre ce qu'il sait, il était temps. J'entends la musique de ses phrases et mon cerveau encaisse comme il peut. La justesse de son propos m'apaise, soulagement et tristesse se mêlent.

- C'est bien que vous me le disiez sans devoir vous le demander lui dis-je les yeux noyés.

- Je crois que oui.

- Je m'attendais à un terme « savant ». 

- Une psychopathologie ? 

- Oui

- Les psychopathologies ça enferme. 


Etre fou c'est vaste, abstrait, sans limite et ça parle à tout le monde.

- Je ne le savais pas... dis-je.

- Si vous le saviez mais il n'y a jamais eu de mots posés dessus.


Je sors, il pleut des cordes, le ciel est chargé. Comme chaque mardi après mon rendez-vous je vais à Monoprix mais cette fois-ci avec une puissante envie de me faire plaisir. Je regarde les étalages de vêtements à l'affut de m'offrir quelque chose. Ça sera une robe longue bleue marine à pois blancs. Il me faut de la volonté et de l'envie pour ôter toutes mes couches de vêtements d'hiver pour l'essayer. Elle me va, je la prends, heureuse de me faire ce cadeau en fermant les yeux sur son prix, c'est une question de survie.

Regardant par la fenêtre du métro aérien qui me ramène chez moi surgit cette question : 

Peut-on en vouloir à un fou ?


Une fois, deux fois, dix fois, vingt fois, je recommence la séquence où il me dit....




18/01/2021

Jalouse !



Marie (2 ans) me demande de grimper sur mon dos. Ma collègue me dit qu'elle se love contre moi. Je dis à Marie qu'elle me dise quand elle veut descendre, mais elle ne veut pas.
Nous restons un moment comme ça.
Puis je l'a fais glisser dans mon dos et la porte dans mes bras.
Marie se love dans mon cou, l'embrasse.
Elle questionne mon grain de beauté qui s'y trouve :
- C'est quoi ? 
- un grain de beauté.
- ça fait mal ?
- Non, j'en ai plein et ça ne me fait pas mal et toi tu n'en as pas encore ?
- Si, si là !(elle me montre son pied).

Marie regarde dans mon petit haut à bretelles
Marie tu regardes mes seins là...
y' a un coeur !
Où ça ?
Là.
Marie a vu un cœur entre mes deux seins. Ça c'est du compliment !


J’ai écrit ça en juin 2016, jamais publié pour je ne sais quelle raison. Aujourd’hui je trouve ça très mignon. Mais qui est Marie ? C’est le pseudo que j’ai donné à cette petite fille du Jardin d’Enfants, tous les prénoms des enfants ici sont inventés, ça m’amuse beaucoup. Mais qui est Marie ? Aucun autre prénom, aucun visage, aucun souvenir de cette scène de ma vie.