Non seulement c'est dimanche soir mais pas n'importe lequel, celui de la veille de la rentrée.
J'espère crever de sommeil pour ne pas y penser.
Demain ça sera ma deuxième rentrée, celle avec les enfants et les parents. La première était quelques jours plus tôt avec mes collègues pour ranger, aménager, organiser, préparer la classe des plus jeunes.
Organiser, discuter, négocier, confronter nos idées. Puis... me confronter à la réalité, me dire que je suis trop gentille, trop bête, trop naïve, trop muette. Je lutte pour m'améliorer, pour me rendre la vie plus simple, plus belle mais ça me demande tellement d'efforts, je suis fatiguée de lutter contre ce que je suis, contre les mécanismes qui m'habitent depuis le début de mon existence.
J'aurais aimé trouver une photo de ma première rentrée des classes en 1985, mais elle ne doit pas exister, j'en ai aucun souvenir. Ce qui est sur c'est que ce n'était pas ma maman, ni mon papa qui m'a accompagné ce jour là. J'ai des flashes de cette année d'école où c'était mamie qui m'accompagnait et venait me chercher.
Un long couloir lumineux, des petits bancs, mes chaussons noirs rythmiques étaient rangés dans une pochette accrochée a un porte manteau orné de mon prénom. Pas de souvenir de la classe, ni de la maitresse, ni des autres enfants. Juste un garçon embêtant qui me présente un vers de terre à la hauteur des yeux.
Été 1985 mes grands-parents partent pour toujours dans une maison du Morvan qu'ils ont achetés 4 ans plutôt. Ils m’emmèneront avec eux. J'ai l'image onirique de mes parent restés sur le bord de la route, sans leur fille. Je peux pour la première fois m'imaginer leur tristesse. Cet été là ils se sont tuent, emmurés une fois de plus dans un silence.
Ce silence, maladie de mon père qui lui ronge sa peau. Je lutte pour ne pas subir cette même souffrance. Mon père et moi avons en commun, nos traits, le dos rond, nos épaules tombantes, nos contrariétés intérieures et notre mutisme.
Papa ♥