Depuis la fin de mon stage j'ai la sensation d'être en convalescence. J'appréhendais mon retour au travail après quinze jours d'absence.
« Si je m'écoutais je n'irais plus au travail et je viendrais vous voir tous les jours... dis-je à Monsieur A.».
Pourtant j'ai le sentiment d'avoir vécu des choses bien plus dures dans ma vie professionnelle. Par exemple ma première année en crèche (toute fraichement diplômée) .
Au premier trimestre j'avais tout donné pour que ça fonctionne, essayer de me trouver une place, faire confiance. Puis terriblement déçue et trop fatiguée pour continuer, j'avais baissé les bras comptant les jours jusqu'à la fin (juillet). Cette année m'avait envahie la tête et le corps (tous les matins dans le bus, mes boyaux se tordaient). Mais j'ai tenu, bien que sur la toute fin j'en devenais folle mais je suis partie le dernier jour comme les autres (enfin je crois).
Là c'est autre chose qui se passe, je ne sais pas quoi, je n'ai pas encore trouvé, nous n'avons pas encore trouvé.
Moi allongée sur le divan : «
Je sais que ce que je vis au boulot est lié au « travail » que je
fais ici et inversement mais je ne parviens pas à expliquer ce qui se
passe, quels mots mettre dessus ?
- Écoutez, c'est comme-ci vous commenciez à regarder un film très long et que vous vouliez savoir la fin. »
Ce que je vais raconter là n'a rien d’exceptionnel pour toute personne bienveillante travaillant auprès d'enfants. Cependant j'ai envie de l'écrire pour l'inscrire dans ma mémoire (ce blog me sert de mémoire) au vu de ce que j'étais devenue juste avant de partir en stage. C'est à dire une adulte qui ne comprend plus rien aux très jeunes enfants, sans patience, qui leur crie après trop souvent et qui devient limite. Même en ayant conscience de tout ça je ne pouvais pas faire autrement.
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Sur le chemin ce matin, mon livre commençait à me donner la nausée, je lis toujours Le chagrin et forcément ce n'est pas très gai. Quand j'arrive dans la salle la majorité des enfants est là. Comme d'habitude je dis bonjour à chacun. Armant (2 ans) est assis à table il fait un puzzle, sa mère à ses côtés. Il me voit, sourit et se lève de sa chaise pour m'accueillir comme à son habitude, Flora (2 ans) lui grille un peu la place en se lançant dans mes bras pour me dire bonjour (comme à son habitude). Nous échangeons quelques petits mots (en vérité Armant me montre du doigt ses chaussons qui n'ont rien de nouveau, et je lui répond que moi aussi je met des chaussons pour l'intérieur en les lui montrant, ils n'ont rien de nouveau non plus). Tout ce temps je suis accroupie, Armant fini par s'assoir par terre à côté de moi et je dis à haute voix : « Je vais m'installer aussi alors.» et je m'assoie. Plusieurs enfants viennent s'assoir également. D'autres arrivent et ils ont tous ce petit sourire à la fois timide et joyeux en me voyant. Mael (22 mois) m'apporte un livre, puis deux, puis trois il fait des aller-retour et des livres ou albums photos s'empilent sur mes genoux. Avant je lui aurais dit au bout du premier retour : « tu ne prends qu'un seul livre ! »
Ce que ne tardera pas de lui dire ma collègue... Mais trop tard la pile est sur mes genoux et en me retournant vers elle je dis : « J'irais les ranger.»
Nous formons un petit groupe au milieu de nulle part entre deux tables. Je propose aux enfants de choisir le livre ou l'album qu'ils veulent regarder. Je n'ai pas spécialement prévu de faire quoi que se soit, juste de faire (ou ne rien faire justement) avec ce qu'ils m'apportent, me montrent, me disent. Prendre le temps. Avant mon stage tout me semblait n'être que contraintes et interdits avec le « non » par-ci, par-là toutes les minutes quasiment. Il faut se fixer ses propres limites : bon si il fait ça est-ce que c'est gênant ? Moi ça me gêne d'accord mais est ce qu'il se met en danger ? Est-ce qu'il met en danger les autres ? Est ce qu'il abime le matériel ? Si à ces questions j'ai répondu « non » alors je n'ai pas à intervenir dans ses expériences. En espérant garder ce cap car ce n'est pas toujours évident, surtout quand par conséquence un décalage avec sa collègue se créer. Elle qui n'a pas eu le temps de souffler, n'a pas eu la chance d'écouter une psychomotricienne lui rappeler les étapes du développement psychomoteur de l'enfant et qui est fatiguée de crier.
Je crois que ma mémoire s'arrête ici, même-ci ce n'était que les trente premières minutes de ma journée. Mais elles étaient belles. Ça faisait trop longtemps que je n'avais pas eu ce plaisir et la satisfaction d'être au milieu des enfants, attentive et à l'écoute. Bien sur j'ai continué à avoir ce comportement tranquille et bienveillant tout au long de la journée sans faire d'effort, ça embellit la vie. Pour ma défense, ce n'est pas quelque chose de nouveau car je travaillais comme ça avant.
J'ai chuchoté pour reprendre un enfant, j'ai consolé l'inconsolable Martin (2 ans), ce que je ne tentais plus ne sachant plus quoi faire de ses pleurs, qui finissaient par m'agacer. Je pense que nous les professionnelles qui « accueillons » avons raté quelque chose avec cet enfant et je dirais même avec cette famille. Nous n'avons plus jamais revue la mère déchirée par la séparation, depuis c'est le père... Superhéros malgré lui, qui tente de ne pas s'effondrer à la minute où il entre dans la salle avec son fils et de tenir ainsi jusqu'à la grille du jardin.