31/01/2021

La séquence





Un jour il m'a demandé si je voulais savoir ce qu'avait mon père. Peut-être avais-je dit : « non », peut-être n'avais-je rien répondu, en tout cas ce jour là ce n'était sûrement pas le moment pour moi de l'entendre. J'y repensais parfois, ce jour viendra.

Puis un mardi de janvier j'évoque le triste constat : — nous allons fêter le premier anniversaire de notre petit Léopold et mon père ne l'a encore jamais vu.

« Madame, votre père est fou »

Sa phrase est sans détour. Alors qu'il continue de parler, l'image se resserre sur lui en mode travelling, une musique se met en route dans ma tête. Calée dans mon fauteuil face à lui je l'écoute toujours au lointain, abasourdis. Il me (dé)livre ce qu'il sait, il était temps. J'entends la musique de ses phrases et mon cerveau encaisse comme il peut. La justesse de son propos m'apaise, soulagement et tristesse se mêlent.

- C'est bien que vous me le disiez sans devoir vous le demander lui dis-je les yeux noyés.

- Je crois que oui.

- Je m'attendais à un terme « savant ». 

- Une psychopathologie ? 

- Oui

- Les psychopathologies ça enferme. 


Etre fou c'est vaste, abstrait, sans limite et ça parle à tout le monde.

- Je ne le savais pas... dis-je.

- Si vous le saviez mais il n'y a jamais eu de mots posés dessus.


Je sors, il pleut des cordes, le ciel est chargé. Comme chaque mardi après mon rendez-vous je vais à Monoprix mais cette fois-ci avec une puissante envie de me faire plaisir. Je regarde les étalages de vêtements à l'affut de m'offrir quelque chose. Ça sera une robe longue bleue marine à pois blancs. Il me faut de la volonté et de l'envie pour ôter toutes mes couches de vêtements d'hiver pour l'essayer. Elle me va, je la prends, heureuse de me faire ce cadeau en fermant les yeux sur son prix, c'est une question de survie.

Regardant par la fenêtre du métro aérien qui me ramène chez moi surgit cette question : 

Peut-on en vouloir à un fou ?


Une fois, deux fois, dix fois, vingt fois, je recommence la séquence où il me dit....




18/01/2021

Jalouse !



Marie (2 ans) me demande de grimper sur mon dos. Ma collègue me dit qu'elle se love contre moi. Je dis à Marie qu'elle me dise quand elle veut descendre, mais elle ne veut pas.
Nous restons un moment comme ça.
Puis je l'a fais glisser dans mon dos et la porte dans mes bras.
Marie se love dans mon cou, l'embrasse.
Elle questionne mon grain de beauté qui s'y trouve :
- C'est quoi ? 
- un grain de beauté.
- ça fait mal ?
- Non, j'en ai plein et ça ne me fait pas mal et toi tu n'en as pas encore ?
- Si, si là !(elle me montre son pied).

Marie regarde dans mon petit haut à bretelles
Marie tu regardes mes seins là...
y' a un coeur !
Où ça ?
Là.
Marie a vu un cœur entre mes deux seins. Ça c'est du compliment !


J’ai écrit ça en juin 2016, jamais publié pour je ne sais quelle raison. Aujourd’hui je trouve ça très mignon. Mais qui est Marie ? C’est le pseudo que j’ai donné à cette petite fille du Jardin d’Enfants, tous les prénoms des enfants ici sont inventés, ça m’amuse beaucoup. Mais qui est Marie ? Aucun autre prénom, aucun visage, aucun souvenir de cette scène de ma vie.


03/11/2020

re

 Ecrire me manque. Le petit bureau jaune devant la fenêtre aussi.



22/11/2019

Au fil des mois






Mai
D'abord il y a le doute, la surprise, l’accueil de cette nouvelle. Ce n'était pas prévu pour tout de suite, nous en discutions, l'Amoureux disait bientôt moi je préférais attendre encore une petite année pour que notre Blanche soit plus « grande », elle aurait encore besoin de moi et je ne serai surement pas disponible pour elle dans les premiers temps de la grossesse, ayant déjà vécu un premier trimestre tumultueux lorsqu'elle était dans mon ventre. Mais ce petit être a décidé d'être là, d'exister, le miracle de la Vie. Et en même temps si il est là c'est que quelque part nous le voulions bien.

Le fameux mois de Juin
Gros mélange de fatigue et de nausées, un ventre qui gonfle exagérément le soir pour redevenir plat le matin. Vomir plus que la première fois. L'annoncer à Blanche qui le savait déjà. Le dire aux collègues pour se sentir un peu moins seule. Fêter les 2 ans de Blanche trois fois, avec les voisins, la crèche et la famille sans rien dire, sans boire, la flûte de Champagne sifflée en cachette par l'Amoureux et en étant bien trop fatiguée.

Juillet était la fin de mon boulot et un moment de pause, l'attente de la bonne nouvelle pour savoir si tout était normal pour bébé. Je me préparais à ce que l'histoire se répète, mais le risque était plus grand et ça je m'y attendais moins. Par une première expérience je pensais mieux le vivre mais finalement l'attente était tout aussi pénible et bien trop longue.

_____

Août
Le soulagement que bébé allait bien et les vacances d'été à la mer, les premières pour Blanche qui nous impressionnait à sauter sans crainte dans les vagues de l'Atlantique. Et l'annonce à ceux qui ne savaient pas encore que nous allions agrandir notre petite famille.

Septembre, octobre
Ma rentrée était à la maison. Prendre le temps, celui de la réflexion, trouver une nouvelle tournure à cette grossesse, me rendre compte que le premier accouchement « ne s'était pas mal passé, mais.... » . M'informer, chercher, rencontrer, nous documenter, cheminer... ça prend du temps. Surtout que je ne suis pas seule dans cette histoire de grossesse et d'accouchement, il y a l'Amoureux qui doit cheminer aussi, à son rythme, avec ses craintes et ses représentations. Ce fut riche, je crois que je n'ai jamais autant su ce que je voulais, quelle personne, quel accompagnement, quel lieu, de quelle façon. C'était trop tard pour envisager le compromis de la maison de naissance, trop demandée. Le temps de s'aligner à deux, de discuter, d'argumenter, de pleurer, de se rendre disponible, d'obtenir un rendez-vous.... Puis être déçue. Non ce n'est pas la bonne personne, j'ai besoin de quelqu'un de doux, de maternant, besoin de contenance.

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Troisième trimestre 
C'est novembre. Les jours ont filés et plus j'approche du terme plus je vois ce beau projet s’éloigner. Peu à peu je me résous à un autre scénario, si cela arrive je serai toutefois plus avertie, moins passive, vivre ce moment de donner naissance en pleine conscience, en tout cas je l'espère. Car aujourd'hui rien n'est concrètement mis en place, tout va s’enchaîner dans les 2 mois et demi qu'il reste avec Noël en plein milieu que je vois comme une parenthèse.
Décembre sera décisif avec le rendez-vous de la Sage-Femme pour l'AAD. J'espère qu'il ne sera pas trop tard et qu'elle acceptera de nous accompagner contre la montre. J'espère que je trouverais vers quel outils me tourner pour me préparer pour le jour J, ouvrir mon mental pour recevoir cette douleur comme guide, y plonger, m'en saisir plutôt que de la repousser et de la faire disparaître avec une analgésie. C'est aussi à partir de ce mois que nous allons réaménager les espaces pour l'arrivée de bébé. Là aussi ce fut long et compliqué de trouver la bonne combinaison car impossible de pousser les murs. Nous restons dans notre atelier Parisien de 50m2 jusqu'à l'été prochain, voir plus. Ça va bouger et s’accélérer. Notre petit garçon est attendu pour le début du mois de février. Un bébé d'hiver.






21/11/2019

Le bal des mésanges


15/11/2019

Toc toc toc ! C'est une mésange qui m'a extirpé de mon sommeil, elle a toqué ce midi sur le rebord de la fenêtre. L'Amoureux me parlait justement ce matin même de ces petites mésanges auxquelles il fallait bientôt penser, leur offrir de la nourriture pour l'hiver.
C'était le bal des petites mésanges sous la pluie. Passant du lilas à la vigne jusqu'à la clématite sous notre fenêtre. J'ai vue aussi le rouge gorge, le merle, le geai... J'ai observé du lit, je n'ai presque pas bougé. La pluie glaciale m'a rebuté à sortir, presque des petits flocons. Nous sommes mi-novembre, la cour est encore bien verte, le mur de vigne d'en face est toujours couvert de feuilles. J'ai l'habitude qu'il se dévoile en un coup de vent, du jour au lendemain les feuilles à terre. C'est aujourd'hui que j'ai laissé un message a cette Doula. Sa page est pourtant ouverte depuis longtemps dans mon téléphone, je voulais entendre sa voix, me faire une idée, avoir une première impression, est-ce que le contact est bon ? Moi qui ne suis pas une adepte du coup de fil, qui en temps normal préfère écrire. Là je jauge avec mes premières sensations, guidée par cette sensibilité accrue. Un ton, une phrase pourrait me faire chavirer, il n'y a pas de place pour un « mais peut-être que....», pas en ce moment. C'est un état si particulier. Nombreux sont les messages restés sans réponses ces dernières semaines, des bouteilles à la mer perdues. Je ne perds pourtant pas espoir et comme me dit Monsieur A, quand je lui parle d'un léger vent de panique, tout ça n'est pas vain.




17/09/2019

Printemps / Eté



22 août 2019

J'aime cette maison, sa grandeur, son charme, ses pierres, ses poutres, son carrelage et son escalier anciens. Son immense verrière que le soleil pénètre. Un bain de lumière donnant sur une courette ornée de plantes grimpantes fleuries... ça respire les vacances. J'aimerais les prolonger ces vacances en bord d'océan, revenir, installer nos meubles, passer l'automne puis l'hiver, avec une certaine curiosité. Est-ce que les petites ruelles sous le soleil pâle de l'hiver sont toujours aussi jolies ? J'imagine un hiver ensoleillé mais peut-être que je me trompe. J'ai le sentiment que la météo change vite ici, les nuages balayés par le vent. Il faudrait y revenir pour vérifier, dans cette grande maison ou ailleurs. Dormir dans chaque petits villages, finir par bien connaitre l'île, ses pistes cyclables, ses ports, ses plages. Ce qui me frappe à chaque fois c'est l'iode suspendue dans l'air que l'on sent à chaque respiration, au début car après on s'y habitue. Ici se passent de belles vacances, ici c'est l'Ile de Ré.



Au bord de la piste cyclable -  Au printemps et à l'Eté 2019



12/09/2019


06 août 2019

- Non, ça ne sert pas à rien m’a t-il dit
- Je le fais pour moi rétorquais-je
- non
- Pour l’enfant... 
- non, vous le faites car vous avez une fille, un mari et que vous prenez position. Vous le savez très bien, en tant qu’Educatrice de Jeunes Enfants, vous présentez le monde à Blanche (cf Winnicott) et ce qui s’est passé n’est pas une façon de traiter un enfant.


Alors oui vu comme ça j'aimerais continuer à ne plus me taire, exprimer que je ne souhaite plus être complice de cette violence qu’on nomme éducation. La vie ce n’est pas ça, ce n’est pas d’être rigide, de s’adresser d’un ton sec à un enfant, ni à quiconque, de forcer à manger, d’interdire de pleurer... quelle violence !

« Cette petite fille avait envie de vomir la façon dont on la traitait » a t-il conclu. 

Oui... et j’ai souffert pour elle, j’ai subit autant qu’elle. Et pour la première fois j’ai tenté par moment de dire quelque chose j’ai cru que ça ouvrait à l’échange pour me rendre compte que finalement ça ne changeait rien et que ça ne servait à rien.
Je pensais faire ça pour moi, me soulager d’avoir au moins essayé d'ouvrir la bouche. Aussi pour l’enfant pour qu’elle sache que tous les adultes ne sont pas délirants. Monsieur A n’était pas d’accord avec ça, il m’a fait changer d’angle: Je le fais pour Blanche, c’est important que je le fasse pour elle qui assiste a tout ça. Qu’elle voit que sa mère prend position et qu’elle n’est pas d’accord. Notre rôle de parents est de protéger notre enfant, de lui présenter le monde, nous sommes sa référence, son guide, il imitera nos gestes et nos paroles, il va s'imprégner de ce que nous lui offrons, pour le donner et le transmettre aux autres tout naturellement.

J'ai vécu trop de fois cette situation de malaise qui me poursuit des jours entiers, jusqu'à une douloureuse digestion. Je souhaite que ça n'arrive plus, me préserver, préserver ma fille de cette violence banalisée, hélas encore en 2019. Les temps changent doucement, il y a encore du boulot pour une prise de conscience majeure et faire évoluer les mentalités. 

J'espère que ces violences faites sur les petits enfants n'existeront plus pour les enfants de nos enfants.










23/07/2019

Répétition







Prendre le temps de ne rien faire, c'était la phrase du premier jour. Premier jour des vacances-chômage, je n'ai pas renouvelé mon CDD à l'école Montessori. Là-bas on ne fait rien pour que tu  aies envie de rester. Alors je suis partie, ça s'est terminé bizarrement, un peu à l'image de l'année qui s'est écoulée.

***

Prendre le temps d'écrire, voilà un bel objectif, c'est une gymnastique que je dois retrouver, les mots ne coulent plus. Ce fut une grande pause, à la place des mots coulait du lait, de mes seins, pour nourrir mon enfant, jusqu'à ses quasi 2 ans. Deux ans, soit 24 mois non-stop. A la fin notre rythme des tétées était encore soutenu, le matin, pour nos retrouvailles à la crèche, le soir, la nuit.
Quand j'ai pris cette décision irréversible de la « sevrer » j'ai soudain réalisé, comme-ci je venais de me réveiller, de la grandeur, de cette folie douce. Et les yeux grands ouverts j'ai dit : « Comment j'ai fait pour l'allaiter pendant 2 ans ? »





13/01/2019

à l'aube


Le 02 janvier.

Il est 4h50, elle a 10 min d'avance. C'est la première tétée de l'année. Elle est debout et elle attend. J'ai seulement quatre petits pas à faire pour l’attraper de son lit. Je la serre contre moi, elle s'agrippe avec ses jambes et me dit : "tétée". Je m'allonge dans le grand lit, ce petit bloc de chair de onze kilos étalé sur mon corps n'est possible que quelques instants. Elle glisse à côté de moi, entre nous. Sa tête restera au creux de mon bras, je la porte même allongée dans notre lit. Je respire et embrasse ses cheveux. Elle téte longuement, fait une pause, se délecte, abandonne le sein puis le reprend quelques secondes après. Je suis prisonnière, il faudrait qu'elle le lâche pour de bon, qu'elle soit à plat dos les bras écartés, poings fermés, repue. Là je pourrais me tourner sur le côté, déplacer mes os, m'étirer.  Sinon je peux toujours lui chuchoter au creux de l'oreille : "ma Blanche je vais te remettre dans ton lit". Le petit corps lourd de sommeil est difficile à manipuler. Un baiser sur sa joue pour la rassurer de l’apesanteur soudaine, et surtout parce que c'est plus fort que tout. Malgré toute ma délicatesse pour un atterrissage en douceur, une fois sur deux il se peut que... Je la reserre contre moi, elle s'agrippe avec ses jambes et me redit : "tétée". Je me rallonge dans le grand lit...





01/01/2019

couleur d'hiver







Bonjour 2019.
Bonjour ce blog endormi.
Bonjour les mots évanouis.

Bonjour mes amours.
Bonjour ma chérie.
Bonjour.

24/08/2018

.



Je crois qu'il est trop tôt pour écrire sur notre séparation, je commence seulement à réaliser et d'un coup j'ai peur de l’automne, de l'hiver, du froid, de la grisaille Parisienne, de la routine d'accompagner les enfants au square tous les jours, de la routine tout court.
Métro, boulot, ma Blanche et dodo.
Aujourd'hui est le dernier jour de nous toutes les deux.





14/08/2018

C - P A R E R




Bientôt je retrouverai le chemin de la vie professionnelle. Je retrouverai des horaires, les trajets quotidiens en métro, la foule du matin. Je retrouverai ce lieu à la fois connu et nouveau. J'y rencontrerai de nouvelles personnes, une nouvelle façon de travailler... Et toujours des enfants mais un peu plus âgés. Je laisserai ma Blanche tôt le matin. Nous ne passerons plus nos journées ensemble. Depuis sa naissance il n'y aura jamais eu de séparation de plus de 2 heures.
Je trouve ça fou.
Mon bébé, ma siamoise.

Nous nous retrouverons le soir après nos journées passées avec des enfants.
Et aussi et surtout à chaque vacances scolaires. Et ça, ça n'a pas de prix.










05/06/2018

vis à vis de PACS




Paris 14eme



Le 19 mai c'était le premier anniversaire de notre Pacte Civil de Solidarité.
Nous avions pactisé en 10 minutes lui, moi et mon gros ventre.
Photo selfie/souvenir devant la porte du tribunal avec nos petits papiers. Nous n'avions pas osé demander à un passant de faire une photo officielle.
Main dans la main, trois rues plus loin nous avions déjeuner dans un charmant petit restaurant.
J’eus le droit de boire un peu de champagne et pris un dessert aux fraises.

Cette année il y a une petite bichette curieuse sur notre photo.
C'était à la maison.
Une compote maison et une purée ce sont glissées sur la table des festivités.


13/02/2018

Maître d'Amour






Maître d'Amour


L'enfant est extrêmement sensible à ce qu'il perçoit de l'adulte et souhaite ardemment lui obéir; nous n'avons pas idée à quel point il est prêt à nous obéir jusque dans les cellules de son corps, parfaitement, toujours ; c'est même là ce qui le caractérise [...]
  L'enfant est d'une sensibilité extrême et à tel point impressionnable, que l'adulte devrait surveiller ses mots et gestes car ils restent gravés dans la mémoire du petit. Il n'est qu'obéissance, car pour lui l'obéissance c'est la vie.
  L'adulte est un être vénérable, aimé; de sa bouche surgit la sagesse qui le guide. L'enfant en est frappé, comme d'un projectile spirituel pénétrant dans son cœur.
Par conséquent, face à un caprice, sachant que l'enfant est toujours prêt à nous aimer et à nous obéir, nous devons nous dire qu'il doit s'agir d'un acte vital et d'une défense qui lui est indispensable.
L'enfant aime l'adulte : ayons cela bien présent à l'esprit. Nous disons : « Que l'adulte aime l'enfant ! Que la mère aime l'enfant ! » De l'institutrice aussi, nous disons : « Qu'est-ce qu'elle aime les enfants ! »
On dit qu'il faut apprendre aux enfants à aimer leur mère, leur père et leur institutrice; il faut leur apprendre à aimer tout et tout le monde. Mais qui est donc ce maître d'amour qui prétend leur apprendre l'amour ? Est-ce celui-là même qui voit des caprices dans chacune de leurs manifestations et ne pense qu'à se défendre d'eux ? L'adulte ne peut devenir maître d'amour sans s'y préparer tout spécialement et sans ouvrir les yeux de sa conscience pour découvrir un monde plus vaste.

   L'enfant aime énormément l'adulte. A son coucher, il veut toujours quelqu’un qu'il aime auprès de lui. Et l'être aimé réplique : « Ne cédons pas à ce caprice : l’enfant ne doit pas prendre de mauvaise habitude de ne savoir s'endormir sans quelqu’un à ses côtés. »
  Ou bien : « L'enfant veut s'assoir à table avec nous et pleure si on l'en empêche, comme s'il prétendait que nous ne mangions pas ! » Voilà la voix d'un adulte sans amour pour les enfants. 
  L'enfant souhaite être présent quand les personnes qui lui sont chères s'attablent. Lui ne mange pas : c'est un petit dans sa première année de vie, il ne boit que du lait. Pourtant, il pleure quand nous mangeons et ne pleurerait pas s'il pouvait rester auprès de nous. Ou bien il pleurniche quand celui qui mange l'oublie : il demande à être regardé et pris en considération dans la conversation.
  Qui pleurera demain à cause du simple et immense désir de nous voir, même en jeûnant, pendant que nous mangeons ? Que nous serons tristes un jour de nous dire : « Personne ne pleure pour que je sois à côté de lui quand il se couche. Chacun pense pour soi et s'endort la tête pleine des pensées de la journée, personne ne se souvient de moi ! »
  Seul, l'enfant se souvient, et dit chaque soir : « Ne me quitte pas, reste avec moi !» Et l'adulte : « Je ne peux pas, j'ai plein de chose à faire. Mais enfin ! Qu'est-ce que ce caprice ? » Et l'on songe à le reprendre, de crainte qu'il ne rende tout le monde esclave de son amour !
  Parfois en se levant le matin, l'enfant réveille le père et la mère qui voudraient continuer à dormir : en règle générale, il s'agit là d'un caprice dont tout le monde se plaint. L'enfant qui quitte son lit est un être pur qui fait ce que nous devrions tous faire; tout le monde devrait se lever, quand le soleil se lève. Les parents dorment encore et ce petit être les rejoint comme pour leur dire : « Apprenez à vivre avec sainteté, le matin, il faut se lever ! » Mais l'enfant n'est pas un maître, il les rejoint seulement parce qu'il les aime; dès son réveil, son désir le conduit auprès des personnes aimées, quitte à traverser des pièces encore sombres aux volets fermés qui empêchent la lumière du jour d'y pénétrer avant l'heure. L'enfant avance, trébuche, ne craint pas le noir ni les portes fermées, rejoint son père et sa mère, les effleure tout doucement. Combien de fois disons-nous : « Enfant, ne me réveille pas le matin ! » Et l'enfant répond : « Je ne t'ai pas réveillé, je n'ai fait que t'embrasser ! » Et les parents songent à comment le reprendre. Quand cela nous arrivera-t-il à nouveau dans la vie que quelqu'un, dès son réveil, coure vers nous surmontant toutes sortes d’obstacles, sans vouloir nous réveiller, seulement pour nous voir et nous embrasser ? Qui jamais fera cela pour nous ?
  Nous disons qu'il nous faut reprendre l'enfant de ces caprices; pourtant nous ne sommes pas insensibles à ces gestes d'amour.
  L’enfant aimant réveille – non seulement le matin – les parents qui dorment trop longtemps et s'endorment souvent dans leur vie ! Nous avons tous tendance à nous endormir sur les choses, et il nous faut un être nouveau qui nous réveille et nous garde éveillés avec des attitudes qui ne sont pas les nôtres, un être qui agit différemment de nous et chaque matin nous dit : « Regarde, il y a une autre vie, vis mieux ! »
  Vivre mieux, car l'homme aurait tendance à sombrer dans la dégénérescence et l’enfant l'aide à aller vers le haut. S'il ne prête pas attention à cela, l'adulte se perd, se couvre peu à peu d'une carapace dure et devient insensible.


Maria Montessori, Extrait de L'enfant dans la famille, 1936.









29/01/2018

Chez Blanche





Chez Blanche,
C'est l'espace que nous avons créé pour elle dans notre unique chambre,
C'est notre grand-petit-lit que nous partageons avec elle quelques heures dans la nuit,
C'est le fauteuil tétées-sein-calin,
C'était les moments de sommeil dans le berceau familial en osier (comme son papa, ses tontons, ses cousins...)
m
Maintenant Blanche dort dans son nouveau lit de grande, au sol.
Mon bébé a 7 mois.













18/01/2018

04/01/2018

ma journée






















04 octobre 2017
  Aux alentours de 8h je me réveille, je gazouille dans mon lit puis j'appelle, je suis en pleine forme ! Je vois la tête de ma maman apparaître je souris. J'agite mes bras et mes jambes, je suis contente de la retrouver et elle aussi bien que ses yeux soient tout endormis. Je tète le sein, le lait tiède m'inonde la bouche, il est tellement bon le lait de ma maman j'en ferme les yeux. Quand j'ai fini elle me dépose au milieu du grand lit. Dès que Papa ouvre un œil et me parle, maman nous dit « tchao la compagnie ! » elle se tourne, elle a encore sommeil ma maman. Il faut dire que la nuit j'ai encore faim, elle me prend dans ses bras, m'allonge sur elle, je tète puis nous finissons toutes les deux par nous rendormi l'une sur l'autre... Le matin c'est mon papa qui prend soin de moi. Il change ma couche, nous jouons sur le tapis, puis il boit son café à l'ordinateur et moi je continue de jouer. Je me concentre sur le mobile ou sur ma main et je m'exerce à attraper les hochets disposés autour de moi. J'arrive à en attraper certain que je goûte, c'est ma façon de découvrir le monde. Puis mon papa doit partir travailler, souvent à ce moment là j'ai sommeil. Il me couche dans mon lit ou dans les bras de ma maman et je m'endors sur elle, je sens l'odeur de son cou, j'entends son cœur et ça me rappelle des choses... De temps en temps je me sers à boire puis je repars dans mes rêves. La matinée s’achève et ma maman et moi sommes en pleine forme ! Elle commence par prendre son petit déjeuner. Depuis que je suis dans le nouveau transat en hauteur je vois tout ce qui se passe et c'est plus agréable ! Je regarde ma maman préparer, manger et quand elle me regarde aussi ça me fait rigoler, elle est drôle ma maman. Après nous jouons sur le tapis, elle m'attrape les mains et les fait taper taper taper et tourner tourner tourner tout doucement en chantant une chanson. Ensuite elle fait pareil avec mes pieds et ça me fait sourire. Nous lisons et nous écoutons le livre de la pluie et du chat. Au bout d'un moment je suis fatiguée, parfois ma maman ne comprend pas et elle me tend son sein. Alors je râle, je crie et elle fini par comprendre que je pleure de sommeil. Nous sommes en peau a peau et nous ne faisons rien, mais je suis bien et elle aussi. Je fini par fermer mes yeux et m'endormir. Dans l'après-midi nous allons voir Julie la Sage-femme, elle dit que je fais des pointes avec mes pieds, moi aussi je fais la gym en même temps que ma maman ! Au retour nous allons chercher le pain, la plupart du temps je m'endors dans ma poussette. 




01/01/2018

Un 4 décembre






























Papi,
Tu n'auras pas connu ton arrière petite fille mais nous lui raconterons à notre petite Blanche qu'elle était là, avec nous, pour toi.

C'était un 4 décembre.
C'était beau, malgré le froid, le brouillard, la neige et le chagrin. 
Tes amis de longue date étaient là pour jouer une dernière fois les airs de vieille mille fois entendus dans mon enfance (et que j'affectionne). Des jeunes femmes d'à peu près mon âge ont chantés pour toi. Et quand les personnes présentes ont défilés autour de la petite table pour toucher l'Urne on aurait dit qu'elles dansaient. Oui sans le savoir elles dansaient pour toi ! Et moi aussi avec mes yeux mouillés et ma Blanche dans les bras je dansais ! Tu aurais aimé cette petite fête. Est-ce que les millions de particules qui restaient de toi ont vibré ? Est ce que cette musique et cette foule ont chassé le vide, la solitude, le fracas de tes derniers jours de Vie ? Je veux croire que de la même façon avec laquelle tu menas ta joyeuse vie, ta mort fut elle aussi une fête. 


12/12/2017

joli prénom


Sur le blog de Jolis Prénoms j'ai raconté à la terre entière l'histoire du choix de ton prénom ma Blanche. J'espère que tu l'aimeras (ton prénom; et cette histoire aussi !)

❤️




Joli prénom



Ah je fanfaronnais auprès de nos amis ! Nous, nous savions déjà. Fille ou garçon nous avions choisis le prénom depuis longtemps, nous étions simplement d'accord, ça nous avait peu couté en discussion. Puis une fois le bébé installé au creux de mon ventre nous ne savions plus, nos certitudes s’étaient envolées.

Nous avons toujours gardé nos idées de prénoms comme des secrets. Pour la surprise mais aussi pour nous préserver des avis et des commentaires qui peuvent être parfois indélicats.
Si notre fille était née deux ans auparavant nous l’aurions très certainement appelée Louise. Prénom pour lequel j’avais eu un coup de cœur grâce à une petite Louise de 2 ans et demi rencontré au Jardin d’Enfants dans lequel je travaillais.



Automne

Au moment où j’apprends que je suis enceinte je remets en question ce choix, peut-être un peu lassée déjà. En tout cas j’ai besoin d’explorer, de chercher ailleurs, d’aller vers d’autres horizons, pour peut-être doucement revenir à Louise.

J’aime les prénoms plutôt rares et anciens, ceux du début du XXe siècle. L’Amoureux aime Jeanne, moi seulement un peu. Je cherche aussi côté garçon, notre choix de départ pour un garçon est lui aussi mis entre parenthèses.


Au fil du temps désir ou intuition, je sens que nous attendons une fille.


Puis un jour au détour d’internet je tombe sur Blanche. Un prénom que je connaissais mais que j’avais oublié. Le prénom d’une petite fille rencontré en crèche et qui m’a laissé un adorable souvenir et aussi celui de mon arrière-grand-mère.

J’eu l’impression d’avoir enfouis ce prénom, qu’il était presque interdit. Je le propose à l’Amoureux qui me répond un « ah ouais » plutôt convaincu (j’apprends en lui faisant lire ce texte que c’était un « ah ouais » plutôt de « surprise »…) 

 A ce moment-là lors de mes recherches je constate que Louise est en tête ! Bientôt elle occupera la première place du palmarès des prénoms… C’est là qu’elle me perd.

Blanche est donc LE prénom, SON prénom j’en parle régulièrement avec l’Amoureux comme acquis. C’est l’évidence. A mes yeux (et à mes oreilles) il s’en dégage douceur, délicatesse, féminité, pureté. Ce prénom nous va bien, il nous ressemble. 

J’aime que Blanche existe dans d’autres pays sous la forme de Bianca (Italie) et Blanca (Espagne).



Hiver

Il aime Manon, il lui trouve un coté sauvage. Mais Manon c’est non !

Lorsque nous apprenons que c’est une fille il me dit simplement : « Elle ne s’appellera pas Blanche ». Finalement il ne se projette pas avec ce prénom. Je suis terriblement déçue mais pas désespérée, ne plus en parler, laisser reposer, attendre.



Printemps

Nous avons vu Charlie et l’Amoureux l’a transformé en Charline. Moui, c’est loin d’être une évidence.
Mes lèvres ont répété ce prénom, mes mains l’ont écrit, pour voir. Charline l’association de mes deux amies, Charlotte et Caroline. Il me fallu quelques jours pour « l’apprivoiser ». Une semaine plus tard je dis à l’Amoureux que finalement j’aime sa proposition. Il me répond que finalement il lui trouve un quelque chose masculin, nous repartons sur d’autres pistes.

Charline nous a ouvert les portes des prénoms se terminant par « ine ». Il restait deux mois avant la naissance de notre petite fille. J’étais prête à chercher un prénom qui nous irait à tous les deux même si Blanche demeurait mon prénom préféré de la vie !

J’emprunte des livres de prénoms. Je constate qu’il y a plus passionnant comme lecture.
Parfois le soir, dans le lit, dans la nuit nous disons tout haut un prénom qui passe par là. Un soir il dit Eglantine, je soupire.

Églantine, c’est féminin, mignon, frais, finalement pourquoi pas. Mais lorsque je lui en reparle il ne se rappelle plus, il a dit ça comme ça, non ça ne lui plait pas.

Je commence à légèrement m’agacer de ses propositions en l’air. Si nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord ça sera surement une petite Louise qui naitra, le prénom « par défaut » ce qui est dommage.

Ma liste de prénoms en « ine » : Honorine, Rosaline, Léopoldine, Églantine

Sa liste de prénoms en « ine » : Joséphine, Pauline
  


Été

Dans un des livres il y a des listes à thème. La liste « BCBG » me parle beaucoup, tous les prénoms que nous avons évoqués y sont. Je lui tends alors le livre et lui demande d’en choisir un de cette liste. Il choisit Diane.

Dernière short-list ; Lui : Diane, Jeanne, Pauline
                                   Moi : Blanche, Jeanne, Louise, Églantine.

Je comprends que je dois faire le deuil du prénom Blanche, ça me rend triste mais je garde quand même un secret espoir.
Même si Jeanne est le prénom en commun, nous ne décidons rien.
Il a un véritable coup de cœur pour Diane (fini les prénoms en l’air !)



Le jour J

Une heure avant sa naissance j’apprends que je vais aller au bloc pour une césarienne. Notre fille va bien, moi je suis fatiguée, ça fera près de vingt-quatre heures que nous sommes à la maternité. Mille fois j’ai imaginé la rencontre avec mon bébé, ces tous premiers instants où je pourrais envelopper son petit corps de mes mains, lui parler, la renifler, la caresser, l'embrasser, connaitre son odeur, lui donner le sein… De ce que nous savons, la césarienne ne permet pas cela dans les premiers instants de la naissance. Je pleure, désespérée, j’accepte difficilement la nouvelle.

L’Amoureux choisit ce moment délicat pour me faire part de son choix de prénom. Il me propose d’appeler notre petite fille tant attendue… Blanche.


Blanche naît le 29 juin 2017 à 02h51 par voies naturelles. Son second prénom est Diane.