09/07/2016

Rousseur


Une femme s'approche de moi et me demande : – qu'est ce que vous
lisez ? Je lui montre la couverture du roman.
– C'est bien ?
Je fais la mine tiède. Je lis La Gaité de Justine Levy et Justine Levy n'est 
pas très gaie. Alors Tout dépend si on aime la tristesse. Moi j'aime la tristesse.
Elle poursuit : – vous lisez beaucoup ?
J'hésite un peu... – J'ai lu à une période oui, je relis depuis peu... oui je relis..
Je m'étais arrêté d'un coup. Trop encombrée, c'était il y a plus d'un an.
– Avez-vous des romans à me conseiller ? J'aime bien quand c'est psychologique...
Elle m’enlève de la bouche Un Secret de Philippe Grimbert. Je lui sors Hélène
Grémillon. Je conseille toujours Hélène Grémillon. Elle prend note. Merci. 
Je poursuis ma lecture avec La Gaité.
Lors de mes matins pressés, je l'avais pris sur l'étagère des nouveaux romans
à lire. Je n'ai pas pris celui du dessus, au hasard celui qui vient. Non.
Pas n'importe lequel. C'était par celui-ci que j'avais envie de(re)commencer.
 
L’héroïne de Justine Levy met tout en œuvre pour ne pas transmettre à ses enfants
la tristesse héréditaire de sa mère. Celle contre laquelle elle lutte depuis
l'enfance. 
Monsieur A rebondi : « – Ce n'est pas la même Justine qui a écrit ?
– Sa mère était camée et complémentent folle c'est pire, je réplique.
– C'est pire sur le papier oui, mais en réalité quand a une mère comme ça 
on a le choix de reproduire ou être tout le contraire »
Quand on a une mère comme la mienne c'est linéaire. Avec le plat de sa main
il suit une ligne imaginaire devant lui.
J'ai quitté le divan pour retrouver son regard, nous nous retrouvons en
face a face désormais comme au début. Ça me demande de me concentrer d'avantage
quand il parle, il faudrait presque que je ferme les yeux. 
Allongée sur le divan j'étais perdue, je dérivais.
Elle est comment ma vie ? Avec mon index j'ai dessiné une rangée de montagnes
pointues.
 
 






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