Dimanche 19 octobre.
Comme hier il fait 25°c. Après la douche j'enfile la robe d'été, la dernière qui n'a pas encore pris place dans la valise des affaires d'été que je n'ouvrirais que dans six mois, voir plus. A la maison il fait plus frais. Je sors pour faire sécher une dernière fois mes cheveux au soleil. J'emporte mon livre. Je l'ai commencé hier, le 3ème en dix jours.
Oui je lis.
C'est assez exceptionnel pour que je le mentionne ici. Il y a longtemps j'avais écrit que pour lire il fallait être « psychiquement libre ». Impossible de lire dans le métro, à la maison, dans un parc... Le seul endroit pour ça était en vacances sur une plage...
Je dois être plus libre maintenant.
Je vais jusqu'au Jardin de l'Observatoire à 5 min de la maison. Je cherche un banc en plein soleil, il y en a qui surplombe le Jardin. Je m'y installe et commence ma lecture. Quelques instants après un homme me dit : « Vous permettez...? - Bien sur… » Je me dis qu'il est bien poli et qu'à une époque que je n'ai pas connu les gens étaient comme ça, ils demandaient la permission pour s'assoir à côté de quelqu'un même si je trouve ça un peu curieux, le banc est à tout le monde...
« C'est le meilleur endroit, se justifie t-il.
- Moi aussi je cherchais le soleil, lui répondis-je. »
Depuis qu'il est là j'ai du mal à me concentrer, j’entends sa respiration. Je continue à lire. J'ai moins de facilité à accrocher l'histoire contrairement aux romans précédents. Monsieur A m'a dit qu'il avait beaucoup aimé ce livre et qu'il tombait pile là où j'en étais aujourd'hui. Des histoires de corps et d'âmes.
Je ne décroche pas mon regard des lignes jusqu'au moment où je vois l'homme se tourner légèrement vers l'autre côté du banc. J'en profite pour le regarder rapidement, il regarde ailleurs un livre ou un journal à la main, je ne sais pas. Ça me soulage quelque part, je ne me sens pas l'objet de son intention. Je peux continuer ma lecture plus sereinement.
Au bout d'une demi heure je commence à avoir chaud et mes cheveux sont secs. Depuis que j'avale des romans j'ai envie d'écrire. Je décide de rentrer. Je range mon livre dans mon sac, me lève et dit poliment au revoir au monsieur du banc.
Au début je marche vite puis je ralentis pour profiter encore des rayons du soleil. Dans la rue j'entend quelqu'un courir et un souffle derrière moi : « Excusez moi… »
Je me retourne c'était le monsieur du banc un peu transpirant du front.
« Je me suis permis de vous suivre…», je me doute de ce qu'il va me dire.
« Voilà je suis un cœur à prendre, je vous trouve délicieuse et je voudrais tenter ma chance... »
Ah voilà c'est ça de mettre une robe d'été en plein mois d'octobre ! Il avait au moins 45 ans.
Je lui dit gentiment que je suis « prise »
« Ah très bien tant mieux pour vous, je ne vous dérange pas plus longtemps au revoir.
- Au revoir. »
« Cœur à prendre », « Délicieuse…» ses mots venaient d'une autre époque.
Et moi j'ai dis que j'étais « prise », prise de quoi ?