11/10/2016
La pluie qui tombe
– Vous avez tout pour être heureuse.
J'ai fait un « pfff » qui voulait dire « mouais pas trop ».
S'il avait eu des révolvers à la place des yeux j'ai senti que je serais morte.
«Vous êtes jolie, vous avez un mec sympa, une jolie maison, un boulot... » Pourtant j'avais les yeux bien trop mouillés depuis le début de la séance. Ce soir il était sur le registre de l'humour pour chasser la noirceur sans fondement. J'aurais du lui sortir la blague entendue hier dans un film pas terrible. – Que fait un canard qui a le rhume des foins ? – foin ! foin !
Il n'a pas tort. Le pire est derrière moi, les histoires du passé sont dépassées, le travail de la psychanalyse n'est pas de ressasser mais de faire en sorte que la vie soit plus belle. Je le sais, je suis d'accord, je suis la première à avoir de tels arguments pour les copines qui doutent de ce qu'elles ont. Chercher et trouver du positif pour les autres et ne pas y arriver pour soi même, les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés.
Les matins sont rudes, j'ai l'impression d'être un zombi au boulot. Je me trouvais plus aimable, gentille, disponible quand il y a quelques mois je fantasmais ma mort.
Faut-il être au fond du trou pour apprécier la vie ?
10/10/2016
La mauvaise humeur
Vendredi.
Nous avions rendez-vous à la Motte-Picquet. Ce petit verre de fin de semaine tombait à pic pour toutes les deux. J'avais besoin d'oublier les dernières cinq minutes écoulées au boulot et Caroline avait envie de sortir, seule, sans son mari, sans sa fille. Une soirée pour elle. Elle m'a parlé de sa réunion où les gens font acte de présence et ne disent même pas bonjour. Je lui ai raconté la collègue qui râle sans cesse et qui va finir par en écœurée la nouvelle. La mauvaise humeur. Je suis une éponge à mauvaise humeur. Mon corps peut absorber toutes les ondes négatives d'une personne et me plomber. La mauvaise humeur me va droit au cœur. C'est la faute à Papa. Quand il allait bien, j'allais bien. Quand il était énervé, tendu, mutique, j'étais mal et je ne savais même pas pourquoi. S'il avait mis des mots sur sa mauvaise humeur j'aurais peut-être pu m'en dégager un peu, être soulagé qu'au moins ce n'était pas de ma faute. J'aurais compris qu'il avait des contrariétés dans sa tête d'adulte qui n'avaient rien à voir avec moi. En grandissant je n'ai fait que croire, supposer, penser, imaginer, présumer la raison de sa mauvaise humeur qui me paralysait.
Après nos deux Blanches, il était tard, déjà. J'avais le souffle coupé d'avoir autant parlé. Nous nous sommes quittés au milieu des escaliers, heureuses.
06/10/2016
03/10/2016
27/09/2016
26/09/2016
Le 39
Le 39 c'est chez nous. C'est notre petite cour arborée recouverte de pavés casse-gueule, c'est les portes bleues de nos ateliers, les apéros improvisés avec les amis-voisins...
![]() |
| Photo de Vy |
| Récolte de 2015 |
Cette année le Printemps a peiné à arriver, nous guettions la moindre douceur, l'absence de nuage de pluie, un rayon de soleil pour lancer les apéros et se retrouver. Le premier fut un apéro-doudoune.
C'est une petite communauté qui s'est dessinée au fil du temps. On boit des verres, on partage, on s'écoute, on rit, on s'entre-aide, on prend soin des bébés, on organise de grandes tablées, on jardine, on parle de fermer-définitivement-les-portes-pour-vivre-en-autarcie, on créer un groupe (secret) sur FB... C'est comme une colocation mais sans les inconvénients. Vivement l'hiver que l'on se repose !
« – Tu peux me prêter ton robot mixeur ? Je peux vous garder Arthur. A qui est cette petite cuillère ? On peut vous prendre un peu de thym ? Quelqu'un peut nourrir le chat pendant nos vacances ? J'arroserai les plantes de la cour. On organise un repas pour mon anniversaire tout le monde est invité ! Plancha ? »
En ouvrant notre porte bleue, on booste notre vie sociale. L'ambiance qui y règne est rare et précieuse alors on y tient et on en profite. Je pense que nous sommes en plein âge d'or du 39, on sait qu'un jour ça ne sera plus pareil, certains partirons, même nous et on ne retrouvera plus ça, ici ou ailleurs.
06/09/2016
La rentrée
Démarrage chez les grands. Les anciens, les nouveaux, les présentations, les plateaux, le matériel, l'ambiance.
Amandine
Dans la rue, je retrouve Amandine (2 ans et demi) et son papa. Elle est bloquée. Elle ne
veut plus avancer car elle voulait que ça soit sa maman qui vienne la
chercher. « Aller Amandine je vous accompagne jusqu'au métro. » Je lui
prends sa petite main, elle arrête de pleurer et se remet à marcher. «
Avec vous elle écoute, vous ne voulez pas l'emmener chez vous ? –
J'aimerais bien... » (sacré papa au bout du rouleau) il reprend : Vous
avez des enfants ? – Pas encore, il serait temps... Puis je dis que
c'est normal tout ça, c'est vrai en un été Amandine a déménagé, elle a eu une
petite sœur et maintenant c'est la rentrée. Il faut reprendre le
rythme, les habitudes qui n'en sont pas encore, les journées tous
ensemble au Jardin d'Enfants... Arrivée au métro elle se remet à pleurer, mais son papa a la bonne idée
de la prendre dans ses bras pour terminer le trajet.
–––
Bonjour ! Bonjour !
Vous ne voulez pas faire le trajet avec nous ?
Parce qu'hier ça n'allait pas ?
Si, si maintenant elle a compris qu'on faisait ceci et après cela...
Tant mieux !
Au revoir, Au revoir ! 29/08/2016
Le moulin des Morvans
Papi, mamie, tonton André et toutes ces pépés...
Écorché mon visage, écorchés mes genoux, écorché mon petit cœur tout mou...
Olivia Ruiz - J'traîne des pieds
Le temps était compté. J'avais peur que papi ou mamie meurt d'un jour à l'autre. Alors c'était maintenant ou jamais, pendant qu'on avait encore un peu de jours de vacances et c'était important que l'amoureux soit là.
La dernière fois c'était il y a deux ans quand Papi avait encore sa tête et n'était pas sous Prozac.
J'étais pleine de chagrin avant d'arriver chez eux. J'ai tenté de retenir mes larmes quand j'ai vu Papi amaigri avec une silhouette et un visage que je ne lui avais jamais connu. Pourtant il était en forme, j'ai retrouvé les mêmes bêtises dans ses mots. Il n'a pas changé mais sa tête est désormais comme un disque dur plein, plus rien de nouveau ne peut s'inscrire dessus, les souvenirs se mélangeant. Pendant deux jours et demi je me suis infligée une petite torture. J'ai pleuré sans m’arrêter, je m'en voulais. Je m'en voulais de leur en avoir voulu alors que le temps filait. Je me suis senti invité dans ma propre maison, pour nous mamie a mis les petits plats dans la grands. Le matin du départ mon petit papi qui dormait. Il n'y avait que sa toute petite tête qui dépassait des couvertures. Il avait l'air tellement bien. Comme un tout petit garçon avec ses pommettes roses, je l'ai photographié avec mes yeux à tout jamais.
Je suis allée voir tonton, au cimetière. Sa tombe était vide de fleurs, je m'en suis encore voulu de ne pas avoir quelque chose à lui déposer. Puis j'ai continué à pleurer tout le temps du retour, dans le train...
Enfin une fois la porte de notre maison franchie, mon chagrin a cessé. J'étais juste épuisée.
Je me suis fais la promesse de revenir les voir bientôt.
La dernière fois c'était il y a deux ans quand Papi avait encore sa tête et n'était pas sous Prozac.
J'étais pleine de chagrin avant d'arriver chez eux. J'ai tenté de retenir mes larmes quand j'ai vu Papi amaigri avec une silhouette et un visage que je ne lui avais jamais connu. Pourtant il était en forme, j'ai retrouvé les mêmes bêtises dans ses mots. Il n'a pas changé mais sa tête est désormais comme un disque dur plein, plus rien de nouveau ne peut s'inscrire dessus, les souvenirs se mélangeant. Pendant deux jours et demi je me suis infligée une petite torture. J'ai pleuré sans m’arrêter, je m'en voulais. Je m'en voulais de leur en avoir voulu alors que le temps filait. Je me suis senti invité dans ma propre maison, pour nous mamie a mis les petits plats dans la grands. Le matin du départ mon petit papi qui dormait. Il n'y avait que sa toute petite tête qui dépassait des couvertures. Il avait l'air tellement bien. Comme un tout petit garçon avec ses pommettes roses, je l'ai photographié avec mes yeux à tout jamais.
Je suis allée voir tonton, au cimetière. Sa tombe était vide de fleurs, je m'en suis encore voulu de ne pas avoir quelque chose à lui déposer. Puis j'ai continué à pleurer tout le temps du retour, dans le train...
Enfin une fois la porte de notre maison franchie, mon chagrin a cessé. J'étais juste épuisée.
Je me suis fais la promesse de revenir les voir bientôt.
19/08/2016
18/08/2016
Lettre à Monsieur A.
le 27 juillet
C'est l'immense église des Saintes-Maries-de-la-Mer. Elle est
belle, comme neuve. C'est seulement en la voyant que je me suis souvenue que vous étiez déjà venu ici des années auparavant. Ça a du changer depuis votre dernière visite. Les commerces sont
tous pareils, il n'y a rien d'authentique, finalement c'est une station
balnéaire comme une autre. Un peu plus loin il y a l'eau, les marais salants, les flamants-rose qui apparaissent en microscopiques points roses sur mes photos. Plusieurs soirs nous avons apéroté-diné dans un petit bistrot familial au pied de l'église, devant nous on ne voyait rien d'autre qu'elle dans un immense ciel marine. Il faisait bon, je me sentais terriblement Parisienne (ah le Parisianisme ! Ce n'est pas très joli mais tant pis).
Chaque jour, chaque verre nous trinquions aux vacances, à nous et au futur.
Je suis pleine de chagrin. C'est peut-être un peu a cause du livre que
je lis. On ne voyait que le bonheur de Grégoire Delacourt. J'ai pleuré.
Une larme par-ci par-là. Mais le véritable chagrin ne sort pas. Il me fait mal, dans la gorge, c'est une boule qui m'empêche de parler, qui prend tout à coup tout l'espace, qui me fait tellement mal que je dois me sécher. Ça m'a fait ça quand j'ai vidé mon sac à Aurélien : papamaman,
mamanpapa, mamiepapi... Je ne m'en sors pas. Le roman parle d'amour, de désamour, de lacheté
entre un père et son fils, puis entre une fille et son père... Ça raconte que les enfants poussent tordus,
grandissent de travers quand ils ne sont pas aimés ou mal aimés. Ça parle
aussi du pardon. C'est quoi cette vie pansée, rafistolée, ces relations
de famille qui n'ont aucun sens ? En ce moment je voudrais presque être
orpheline. Pour ne pas avoir à porter ce poids, cette famille
effilochée à bout de bras. Je voudrais que ça cesse.
10/08/2016
22/07/2016
L'inventaire
Nous sommes rentré d'Amsterdam avec plein de bric à brac.
1 goupillon
2 petits couteaux à beurre
2 coquetiers
Serviettes en papier
Papier cadeau
Balayette de table
Petite patère en bois
Boîte à guirlandes en papier
Cadeau pour les voisins
Cadeau pour les bébés
Beaux livres (de l'Amoureux)
Souvenirs du Rijksmuseum
Marionnettes à doigts (pour mon travail)
Cartes diverses
Macramé
Tulipe en bois
🌷🌷🌷
09/07/2016
Rousseur
Une femme s'approche de moi et me demande : – qu'est ce que vous
lisez ? Je lui montre la couverture du roman.
– C'est bien ?
Je fais la mine tiède. Je lis La Gaité de Justine Levy et Justine Levy n'est
pas très gaie. Alors Tout dépend si on aime la tristesse. Moi j'aime la tristesse.
Elle poursuit : – vous lisez beaucoup ?
J'hésite un peu... – J'ai lu à une période oui, je relis depuis peu... oui je relis..
Je m'étais arrêté d'un coup. Trop encombrée, c'était il y a plus d'un an.
– Avez-vous des romans à me conseiller ? J'aime bien quand c'est psychologique...
Elle m’enlève de la bouche Un Secret de Philippe Grimbert. Je lui sors Hélène
Grémillon. Je conseille toujours Hélène Grémillon. Elle prend note. Merci. Je poursuis ma lecture avec La Gaité.
Lors de mes matins pressés, je l'avais pris sur l'étagère des nouveaux romans
à lire. Je n'ai pas pris celui du dessus, au hasard celui qui vient. Non.
Pas n'importe lequel. C'était par celui-ci que j'avais envie de(re)commencer.
L’héroïne de Justine Levy met tout en œuvre pour ne pas transmettre à ses enfants
la tristesse héréditaire de sa mère. Celle contre laquelle elle lutte depuis
l'enfance.
Monsieur A rebondi : « – Ce n'est pas la même Justine qui a écrit ?
– Sa mère était camée et complémentent folle c'est pire, je réplique. – C'est pire sur le papier oui, mais en réalité quand a une mère comme ça on a le choix de reproduire ou être tout le contraire »
Quand on a une mère comme la mienne c'est linéaire. Avec le plat de sa main
il suit une ligne imaginaire devant lui.
J'ai quitté le divan pour retrouver son regard, nous nous retrouvons en
face a face désormais comme au début. Ça me demande de me concentrer d'avantage
quand il parle, il faudrait presque que je ferme les yeux. Allongée sur le divan j'étais perdue, je dérivais.
Elle est comment ma vie ? Avec mon index j'ai dessiné une rangée de montagnes
pointues.
26/06/2016
Encombrement
Mardi.
Quand il a dit « Arrêt » j'ai failli avoir un arrêt cardiaque. Ça serait trop brutal.
« Suspendre » Ça existe ? Pourquoi pas...
Moi je voudrais lui proposer que l'on garde au moins le jeudi.
En
7 ans et demi nous avons creusé, creusé, retourné la terre, prit un
chemin puis un autre, un vrai labyrinthe. Des galeries souterraines qui
s’emmêlent et s'entrecroisent. Mais nous revenions toujours sur notre
route pour creuser encore plus profondément. Aujourd'hui c'est donc
comme-ci j'étais arrivé au bout avec ma petite pelle. Je n'arrive plus à
creuser, on touche au roc, un noyau dur, un bunker.
« Je n'arrive plus à suivre le fil de notre travail »
« Je ne peux pas aller là où vous ne voulez pas à votre place »
Sur le trajet du retour j'avais les yeux gonflés de larmes. Se sentir abandonné. J'ai dit à l'amoureux que je ne voulais pas me retrouver seule à la maison en l'attendant. – On peut se retrouver et manger quelque part ? Il m'a invité au restaurant italien, celui pas trop loin de la maison mais pas trop près non plus.
Jeudi.
J'ai préféré le fauteuil au divan. Dans les heures graves je préfère que nous nous parlions en face. J'ai commencé par – Est ce qu'on peut garder le jeudi ? Il n'était pas question qu'il me lâche comme ça de toutes façons. Je lui ai raconté ce que je gardais pour moi depuis un mois. La petite tâche qui avait grossi comme un petit cancer, le scénario, les pleurs qui font du bien, l'apaisement ressentit depuis... – Vous mourrez à vous-même. (Alors c'est ça ?)
Papamaman, mamanpapa, papimamie, mamiepapi, je suis encombrée.
11/06/2016
pic pic
Mercredi.
Gaëlle (2 ans et demi) pose ses petites mains sur mes genoux nus et s'insurge :
- Tu as des poils ! Je n'aime pas les poils !
Je ris doucement. Repousse de poils après rasage express J+4.
Puis elle veut s'assoir sur mes genoux pour un câlin. Je suis en short, elle est en jupe :
- Mais ça pique !
Je pense sérieusement à racheter un épilateur électrique.
04/06/2016
AUTOMNE / ETE
Look Automne - Été 2016
Les chaussures en paille d'Espagne Monoprix
Le gilet doudou tout doux Des Petits Hauts
Les petits enfants me caressaient le gilet. Je rompais le silence :
«Tu aimes mon pull ? Il est doux hein ? »
02/06/2016
Mai frappé, juin glacé
Mon J triste m'a fait penser à un parapluie, j'ai dessiné la pluie.
Il m'a répondu par un soleil gentil, lui l'optimiste.
Je suis pleine de négativité, il pleut encore dans ma tête.
Hier sous la nuit, à la lumière des réverbères, je chantais.
Hier sous la nuit, à la lumière des réverbères, je chantais.
Et plus je chantais, plus il pleuvait.
Ça m'a fait rire.
22/05/2016
Dans quelle étagère ?
Parfois c'est difficile de me suivre, moi-même je ne me suis pas toujours. Entre mes envies qui peuvent se transformer en aversions et mes aversions en envies. Je suis encore toute mélangée. Le plus gros point d'interrogation est : Avoir un enfant maintenant ou non ? Je tente toujours de rassurer l'amoureux en lui affirmant qu'on en aura un, un jour. Au delà de nous et de l'amoureux qui est prêt dans les starting blocs, il y a moi qui a mis le holà, toujours prise dans les méandres avec mes propre parents.
Le coup de massue d'un de mes derniers rendez-vous avec Monsieur A :
– Rappelez moi votre âge ?
– Je viens d'avoir 34.
– Et vous n'avez pas réglé votre œdipe, vous avez toujours l'amour inconditionnel pour votre père. On a encore un peu de travail...
Et merde ! Ça je ne crois pas l'avoir dis tout haut mais mes larmes en disaient longs. Je pourrais écrire tous les gros mots de la terre tellement ça m'emmerde. En sachant que le complexe d’œdipe est un phénomène qui se déroule chez le jeune enfant entre 3 et 6 ans...
Il a rajouté : « C'est du Freud dans le texte... »
Là dessus vient s'ajouter une nouvelle question existentielle : Je change de boulot ou pas ?
Mais ça c'est une autre histoire...
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| Blouse Des Petits Hauts |
16/05/2016
✉
(...) La vie est
pleine de rencontres et souvent dans ces rencontres il y a des affinités entre les personnes, c'est magique, ça ne
s'explique pas (...)
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